POINT DE PRESSE

PRISE DE POSITION DE LA VSV FACE AUX ENJEUX SOCIO-POLITIQUES DE L’HEURE DONT ENTRE AUTRES L’ADRESSE DE L’ANCIEN PRESIDENT JOSEPH KABILA KABANGE A LA NATION

La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) a suivi avec attention l’adresse à la nation prononcée, vendredi 23 mai 2025, par l’ancien Président de la République Démocratique du Congo, Monsieur Joseph KABILA KABANGE. Il sied de relever que cette sortie médiatique intervient après que le Sénat ait levé, jeudi 22 mai 2025 ses immunités en qualité de Sénateur à vie pour donner suite à la demande de l’Auditorat Général Militaire en vue d’engager des poursuites judiciaires contre lui.

En suivant son adresse, d’aucuns pourraient penser que l’ancien Président de la République est la personne qui a mieux géré la RDCongo pendant ses dix-huit ans (18 ans) de règne, assuré la sécurité des personnes et leurs biens et respecté les droits humains et les libertés fondamentales. D’aucuns pourraient penser qu’il serait mieux placé pour apporter la solution appropriée à la crise sécuritaire et humanitaire qui s’est détériorée ces derniers mois en RDCongo.  

Certes, il est honnête de reconnaitre à l’ancien Président et Sénateur à vie le mérite d’avoir été le Premier Président de la République Démocratique du Congo ayant procédé à la passation pacifique du pouvoir à travers l’alternance politique en 2019. L’ancien Président devrait, en principe penser à demeurer un modèle en Afrique en général et en RDCongo en particulier avec cette passation pacifique du pouvoir malgré les violations graves

et massives des droits humains perpétrées par son régime. Mais hélas ! Il s’est laissé emporter par la petite politique  basée sur les intérêts personnels en tenant à se venger contre le régime au pouvoir à Kinshasa. Pourtant, en se rangeant derrière les occupants illégaux des territoires congolais avec l’appui d’une force étrangère, il commet une grave erreur stratégique qui risquerait de l’enterrer politiquement. En effet, l’ancien Président dont le régime a été auteur de l’assassinat des défenseurs des droits humains comme Floribert CHEBEYA et Fidèle BAZANA et bien d’autres DDH et personnalités devrait éviter le risque de partager la responsabilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis à Goma, Bukavu et ailleurs s’il ne rectifie pas le tir dans ses choix politiques. Des informations venant de l’Est de la RDCongo font état de la poursuite des violations graves et massives des droits humains dont entre autres des pratiques de torture, des  traitements cruels, inhumains ou dégradants infligés aux personnes ciblées, des déportations des personnes, des tueries, des assassinats ciblés,…

L’ancien Président reproche à son successeur beaucoup de choses en matière de gouvernance, de respect des droits humains, des valeurs démocratiques et de la gestion de l’armée. L’histoire récente nous révèle que son régime n’a pas non plus été un modèle dans ces domaines comme souligné à titre illustratif dans les lignes qui suivent.

  • Sur le plan socio-économique :

En effet, les conditions socio-professionnelles des agents et fonctionnaires de l’Etat, des médecins, des magistrats, des enseignants, des policiers et des militaires avaient été très précaires voire médiocres pendant son règne; la majorité de la population congolaise a vécu dans la pauvreté ou la misère la plus noire tandis qu’un groupe des personnes au pouvoir et leurs proches s’étaient accaparés du revenu national. La corruption, un modèle de gestion avait fait perdre à la RDC chaque année 15 milliards de dollars américains ; c’est également pendant son régime que des allégations de détournement de trente-deux million de  dollars venus du Congo Brazzaville pour payer des factures d’électricité ont été faites.

  • Sur le plan politique :

La situation des droits de l’Homme n’a jamais été reluisante par contre elle avait même à certaines périodes atteint un niveau de détérioration très avancé. L’insécurité n’avait jamais été éradiquée dans la partie Est où sévissaient toujours les groupes armés jusqu’à la veille du départ du pouvoir de l’ancien Président de la République.

Par ailleurs, durant le régime passé, la justice avait toujours été instrumentalisée,  des procès montés de toutes pièces et d’autres expéditifs,  des arrestations et détentions arbitraires (cas du procès et de la condamnation injuste du Pasteur KUTINO Fernando en octobre 2008), des exécutions sommaires et extrajudiciaires telles que celle de Armand TUNGULU, des adeptes de BDK;  des auteurs des graves violations des droits humains demeurés impunis; des manifestations publiques pacifiques systématiquement réprimées  dans le sang, les droits fondamentaux et les valeurs démocratiques violés jusqu’à pousser les Etats Unis d’Amérique et l’Union européenne à prendre des sanctions allant jusqu’à l’interdiction de voyager contre des personnalités importantes du régime Kabila, les forces de défense et de sécurité infiltrées, mal équipées, affaiblies et mal rémunérées, des assassinats et autres meurtres des personnes dont les défenseurs des droits humains ont caractérisé le régime du Président KABILA. A titre illustratif de ce tableau sombre : les arrestations et détentions arbitraires des militants pro-démocratie (LUCHA, Filimbi… en 2015), des journalistes ; le massacre des adeptes de Bundu Dia Kongo (BDK) ;  les assassinats de Floribert CHEBEYA, Fidèle BAZANA, Pascal KABUNGULU, Armand TUNGULU, Rossy MUKENDI, Thérèse KAPANGALA, Luc NKULULA, les journalistes BAPUWA MWAMBA, Serge MAHESHE, Franck NGYKE et son épouse, Didace NAMUJIMBO, etc., l’incendie des sièges des partis politiques dont l’UDPS avec des militants de ce parti calcinés à l’intérieur; la profanation des lieux de culte et le passage à tabac des prêtres en sus humiliés et déshabillés devant leurs fidèles lors des manifestations publiques pacifiques pour demander plus de démocratie et plus de respect des droits humains, de nombreuses personnes blessées gravement par balles lors des manifestations publiques pacifiques entre 2015 et 2017,… constituent le réel lot du régime passé. C’est également sous son régime que l’infiltration des FARDC et d’autres services de sécurité a commencé au profit des pays voisins.

La VSV se demande si l’ancien Président veut bien nous rappeler cette triste histoire en cherchant à revenir au pouvoir par les armes sous divers prétextes. Un grand recul pour la RDCongo après quatre cycles électoraux et après que le Président KABILA eut fait ses deux mandats constitutionnels ainsi que le glissement de deux ans. La VSV ne croit pas que les congolais soient prêts à accepter ce recul.

Pour la VSV, ce tableau très sombre en matière de respect des droits humains, des valeurs démocratiques et de gouvernance, devrait plutôt faire réfléchir l’ancien Président de la République au lieu de se faire passer pour celui qui vient assister un peuple en danger alors qu’il a lui-même laissé le peuple congolais en danger. Le malheur que traverse la RDCongo ne date pas du début du régime actuel même s’il est responsable de certains faits répréhensibles de gouvernance qui méritent d’être corrigés.

C’est ici l’occasion pour la VSV d’interpeller tous les animateurs et animatrices des Institutions actuellement au pouvoir en RDCongo en ce qui concerne la gouvernance actuelle étant donné que certains maux jadis décriés avant leur accession au pouvoir persistent alors qu’il fallait faire la différence par rapport à leurs prédécesseurs. Il s’agit entre autres de la corruption y compris électorale lors des élections des Sénateurs, Députés provinciaux avec certains cas sans solution suivis jusqu’à présent par la VSV (cas de l’Honorable Dr Séverine MOLIBA de l’Assemblée provinciale de Kinshasa élu sérieusement mais qui ne siège pas) ; de l’impunité et de détournement des fonds publics, de la tendance au rétrécissement de l’espace civique, de l’instrumentalisation de la justice, l’intolérance politique injustifiée allant jusqu’à dénigrer des autorités morales des églises catholique et protestante, des allégations de tribalisme et du clientélisme…, maux auxquels il faut impérativement mettre fin pour ne pas fragiliser les efforts de construction en cours, la cohésion  et l’unité nationales.

Certes, ces maux n’effacent en rien tous les efforts visibles et la volonté politique en cours matérialisés par la construction et/ou la réhabilitation des infrastructures scolaires, sanitaires, routières, la gratuité de l’enseignement de base, l’augmentation du budget de l’armée et des soldes des militaires et des policiers, la couverture santé universelle, etc. Même si beaucoup de choses restent à faire à Kinshasa et ailleurs pour certaines artères routières ou voies de circulation, la fourniture catastrophique d’eau et d’électricité dans certains quartiers, etc.

S’agissant de la cohésion nationale, la VSV pense qu’elle mérite d’être privilégiée avec le contexte actuel de la RDCongo pour mieux faire face à la crise sécuritaire et humanitaire à l’Est de la RDCongo.

La VSV croit que la démarche des églises Catholique et Protestante mérite d’être soutenue par les autorités congolaises en corrigeant ce qu’il y a à corriger même en termes d’approche méthodologique au lieu de nourrir trop de préjugés qui ne servent en rien la RDCongo en ce temps d’agression.

Sur un autre volet, la VSV se pose la question de savoir s’il était opportun de relancer certains procès et de faire des demandes de lever des immunités des uns et des autres dans le contexte actuel où deux de grandes villes de la RDCongo en l’occurrence Goma et Bukavu et bien d’autres territoires de l’Est sont encore occupés et qu’un besoin de renforcer l’unité et la cohésion nationale s’impose ; la VSV se demande si la décision de suspendre les activités du PPRD est vraiment opportune en ce moment précis bien que certaines personnalités dont son autorité morale sont accusées d’être en intelligence avec l’AFC/M23 sans voir la RDCongo être accusée à travers le monde de rétrécissement de l’espace civique.   Que deviennent alors toutes les personnes du PPRD n’ayant jamais trahi leur pays, la RDCongo et comment gérer leurs frustrations ? Pour la VSV, que seuls les présumés auteurs de trahison, membres du PPRD répondent de leurs actes car un parti politique est une association de plusieurs personnes et non un bien privé de son fondateur ou chef.

En définitive, il incombe au Président de la République d’ouvrir l’œil et le bon pour contourner le piège de certains flatteurs qui par leurs déclarations, leurs actes, faits et gestes cherchent à attirer son attention pour des intérêts personnels. Point n’est besoin de rappeler que certaines personnalités qui sont avec lui aujourd’hui ont été avec l’ancien Président KABILA à qui ils ont juré loyauté et fidélité avant qu’ils ne le quittent. Le dialogue entre congolais pour cimenter la cohésion et l’unité nationales s’avère très indispensable car dit-on ensemble on est plus fort face à l’agresseur.

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